L’oubli est un ennemi redoutable, un des plus grands ennemis que nous rencontrons tous sur notre chemin vers la maîtrise d’une langue, mais aussi de nombreuses autres disciplines… Même si nous sommes attentifs, nous oublions quasi instantanément une grande partie de ce que nous apprenons.

Je vous mets ci-dessous la vidéo YouTube que j’ai faite sur le sujet. 😊

L’oubli a été mesuré pour la première fois par un psychologue allemand, Herman Ebbinghaus, entre 1880 et 1885, dans une étude qui est considérée comme une des plus fondatrices et les plus importantes de la psychologie moderne. Son objectif était de trouver la formule exacte de la relation entre le taux de rétention de l’information apprise et le temps écoulé depuis l’apprentissage. Pour se faire, il s’est enfermé pendant des mois, seul dans une pièce, à mémoriser des tonnes de choses différentes pour mesurer le taux de rétention de ce qu’il avait appris à différents intervalles de temps.

Trouver la bonne matière pour réaliser ses expérimentations de manière fiable n’a pas été chose facile. Il a d’abord essayé de mémoriser des suites de tons, puis des chiffres ou encore des poèmes. Mais il avait beaucoup de difficulté à reproduire les tons, les chiffres de 0 à 9 n’étaient pas vraiment adaptés pour les expériences qu’il comptait faire et les différents tronçons de poème qu’il sélectionnait, extraits du Don Juan de Byron, avaient des sens et des pouvoir d’évocation très différents pour lui, ce qui introduisait trop de variabilité dans l’expérience.

Herman Ebbinghaus

On touche pour moi ici à la première sortie fondamentale de l’expérience d’Ebbinghaus : la force des mémoires que nous nous créons!

Si nous oublions rapidement ce que nous apprenons, la vitesse avec laquelle nous oublions est extrêmement variable en fonction de la force de la mémoire initiale que nous avons créée. On peut se souvenir pendant des jours, des mois, voire même des années d’une chanson ou d’un poème qui nous a touché, même si on ne l’a entendu qu’une seule fois, alors qu’on peut oublier des informations qu’on a révisé et rabâché des milliers et des milliers de fois à l’école, les listes interminables de vocabulaire par exemple ou les dizaines de dates de son cours d’histoire. On peut se souvenir pour toujours d’un évènement ou d’une expérience qui nous a marqué, comme la première fois que l’on a rencontré une personne, l’heure exacte et le temps qu’il faisait ce jour là, alors qu’on peut oublier dans la seconde le nom d’une personne qui vient de nous être présenté à une soirée, ou oublier où on a bien pu poser les clés de la voiture à peine 5mn plus tôt.

La force des mémoires initiales que nous nous créons a un impact considérable sur la façon dont nous allons retenir l’information dans le temps. Ca vous parle? Bien! 😉

La force des mémoires initiales que nous nous créeons est fondamentale
La force des mémoires initiales que nous nous créons a un impact considérable sur la façon dont nous allons retenir l’information dans le temps.

Après de nombreux essais, Ebbinghaus a fini par trouver ce qu’il allait utiliser pour son expérience. Il avait besoin d’éléments faciles à prononcer, mais qui n’aient aucun sens en allemand, sa langue maternelle, afin de ne pas introduire d’erreur dans les résultats de son étude. Quelque chose qui a du sens pour nous se retient plus facilement. Il a donc utilisé des listes de 13 syllabes aléatoires, absolument sans aucun sens, comme: zip pof tup kep… et il est resté pendant des mois, enfermé dans une pièce, avec un métronome battant à 150 battements par minute, à répéter et mémoriser des centaines de listes de syllabes aléatoires pendant des heures.

150 battements par minute cela correspond à la présentation d’une nouvelle syllabe toutes les 0.4 seconde. C’est un temps suffisamment long pour être soutenable sur le long terme, mais suffisamment court pour ne pas avoir le temps de créer des associations mentales qui faciliteraient la mémorisation, et donc fausseraient une fois de plus les résultats.

Herman prenait donc une liste de 13 syllabes aléatoires, la lisait et la répétait au rythme d’une syllabe toutes les 0.4 seconde. Quand il avait mémorisé la liste, c’est-à-dire quand il était capable de la répéter deux fois de suite sans erreur, il notait le temps que cela lui avait pris. Puis il se testait de nouveau sur la même liste après 20 mns, 1 heure, 9 heures, 1 jour, 2 jours, 6 jours et 31 jours.

L'expérience d'Ebbinghaus

A chaque fois qu’il se testait, il notait le temps dont il avait besoin pour réapprendre et mémoriser la liste. Ce temps était inférieur (heureusement) au temps mis initialement pour apprendre la liste, et il en dérivait alors un taux de rétention de l’information.

La courbe d’Ebbinghaus est le résultat de plus de 7 mois d’expérimentation, à hauteur de 3 séances de travail par jour, et plus de 6 millions de répétition de syllabes aléatoires! L’expérience a été reproduite de nombreuses fois depuis par des chercheurs, afin de vérifier la validité de résultats présentés dans tous les livres de psychologie cognitive du monde entier. Les résultats d’Ebbinghaus ont globalement été confirmé, mais aucune équipe de recherche n’est jamais allé aussi loin que lui dans l’expérimentation. Les notes d’Ebbinghaus rapportent d’ailleurs à quel point l’étude l’a poussé au bord de l’épuisement. Il avait de très violents maux de tête, ainsi que tout un ensemble d’autres symptômes liés à l’épuisement. Pas très stress défense notre ami Herman! 🙂

Les résultats de l’étude d’Ebbinghaus sont ceux-ci :

La courbe de l'oubli : résultats de l'étude d'Ebbinghaus
Les résultats de l’étude d’Ebbinghaus : la fameuse courbe de l’oubli!

Après 20 minutes, nous avons déjà perdu plus de 40% des informations que nous avons apprises pendant notre séance de travail. Après 1 heure, plus de 50% de ce que nous avons appris a disparu. Au bout d’une semaine, il ne nous reste plus qu’un tiers de ce que nous avons appris (70% de perte) et un petit 20% au bout d’un mois (80% de perte).

Quand on pense à la quantité d’information que nous pouvons avoir besoin d’apprendre pour maîtriser un domaine comme la médecine, le droit ou encore une langue étrangère, avec tout le vocabulaire mais aussi toutes les règles de grammaire qu’il faut retenir, regarder cette courbe peut être extrêmement décourageant. Et ça l’est! Sans technique et outil de mémorisation efficaces pour ancrer durablement vos connaissances dans la durée, remplir votre cerveau d’information peut sembler aussi illusoire que de vouloir remplir une passoire avec de l’eau. Bien sûr, contrairement à la passoire, il restera toujours une quantité résiduelle d’information dans votre cerveau, c’est le côté rassurant de la courbe d’Ebbinghaus, mais le taux de rétention sera très faible et il y a de très grandes chances que vous vous épuisiez et vous découragiez rapidement, peut-être même définitivement, avant d’atteindre votre objectif.

Heureusement, il existe des méthodes pour mémoriser plus efficacement, plus durablement et contrer les effets de la courbe de l’oubli!

Pour comprendre à la fois pourquoi ces méthodes fonctionnent et pourquoi il est indispensable de les utiliser, il faut d’abord bien comprendre ce qu’est la mémoire et comment fonctionne notre cerveau.

C’est ce que je vous propose de voir ensemble dans le prochain article sur le fonctionnement de la mémoire. A tout de suite! 🙂

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