Le cerveau est la machine la plus perfectionnée et la plus extraordinaire au monde. Il accomplit de grandes tâches, et il les fait toutes en parallèle, bien plus qu’un ordinateur. Côté mémoire, sa capacité est énorme, et on peut stocker des millions d’informations et de souvenirs pendant toute une vie.

Cette capacité de mémorisation, même si elle est connue, reste encore en partie mystérieuse. Pourquoi? Parce que le processus de mémorisation est un phénomène complexe qui implique les différentes régions du cerveau et des milliards de neurones. Nous avons environ 87 milliards de neurones au total dans notre cerveau, ce n’est donc pas une mince affaire! 🙂

Néanmoins, ces dernières années, les neurosciences ont apporté de nombreux éclairages sur le fonctionnement de notre cerveau en général, et de la mémoire en particulier, des éclairages qui permettent de construire des stratégies d’apprentissage concrètes et efficaces.

Les informations « mises en mémoire » ne sont pas stockées physiquement à un endroit précis et localisé du cerveau qui grossirait au fur et à mesure de nos apprentissages. Pourtant, la mémorisation laisse bien une trace dans notre cerveau appelée « trace mnésique ». Cette trace mnésique se concrétise par de nouvelles liaisons créées entre certains neurones, et par des modifications de ceux-ci. Parfois, sous certaines conditions, de nouveaux neurones peuvent même être créés lors de nos apprentissages, chose que l’on pensait jusqu’à il y a peu complètement impossible. C’est la neurogénèse.

Une information mémorisée, un souvenir, c’est un réseau unique de neurones connectés entre eux dans le cerveau, un réseau qui s’est formé au moment où le souvenir a été créé.

Une information mémorisée, un souvenir, c’est un réseau unique de neurones connectés entre eux dans le cerveau, un réseau qui s’est formé au moment où le souvenir a été créé.

Prenons un exemple très concret et très français pour illustrer tout ça, et revenons par exemple à la première fois où vous avez appris le mot « pain ». 🙂

Votre mère, ou votre père, vous a peut-être pris la main ce jour là pour partir en balade : « Allez viens, on va aller acheter du pain! ». Même si vous ne saviez pas initialement ce que signifiait ce mot là, vous allez l’apprendre bien vite! Vous entrez dans la boulangerie, et là, vous vous faites envelopper par l’odeur délicieuse du pain frais… La zone correspondant aux odeurs dans votre cerveau s’active… Vous entendez de nouveau ce mot inconnu, « pain », alors que votre mère désigne d’un geste au boulanger derrière le comptoir quel pain elle souhaite acheter exactement… Les zones visuelles et auditives de votre cerveau s’activent à leur tour… A la sortie de la boulangerie, votre mère s’arrête un instant et vous donne un bout de pain. Vous faites tourner le crouton entre vos petits doigts boudinés et touchez la surface, dure, croustillante et dorée, la mie, blanche et tendre. Il s’échappe de tout ça une odeur délicieuse et en moins de quelques secondes, voilà que vous croquez dedans avec les quelques dents que vous avez à ce moment là, et c’est tout simplement délicieux!

Dans votre cerveau, c’est un festival! Les zones correspondant à vos 5 sens s’allument comme un sapin de noël: vue, toucher, ouïe, goût, odorat… sans compter que vous passez un bon moment, que le soleil est doux… il y a peut-être même un petit vent frais ce jour là, et vous vous sentez bien, joyeux… vous ressentez des émotions délicieuses. Les différentes zones du cerveau qui se sont allumées se connectent entre elles. Dans votre cerveau, une mémoire est née !

Le mot « pain », la mémoire du pain dans votre cerveau, c’est donc un réseau unique de neurones qui relie tout ça: l’odeur, le goût, le son du mot « pain », sa texture, sa couleur, mais aussi des émotions, et bien d’autres choses encore! Les anglosaxons ont une formule exceptionnelle pour résumer ce principe : « Neurons that fire together, wire together ». Les neurones qui s’activent ensemble, se connectent ensemble.

Que se passe-t-il après que cette mémoire initiale ait été créé? Chaque fois qu’elle est remémorée, le réseau de cette mémoire s’active. Il s’enrichit et se renforce, et il devient de plus en plus durable avec le temps, à force de répétitions. Si par contre la mémoire créée n’est jamais utilisée, alors nous finirons par l’oublier.

L'oubli, autre facette de la neuroplasticité du cerveau

L’oubli est un phénomène qui peut paraître injuste et profondément décourageant, notamment quand on se trouve dans une situation où on doit mémoriser une très grande quantité d’informations, mais il fait partie intégrante du fonctionnement du cerveau et c’est une excellente chose, car nous n’avons PAS envie de retenir TOUT ce qui nous arrive, tout ce que nous voyons, entendons, sentons et ressentons à chaque instant, tout au long de votre vie. Ce serait littéralement écrasant!

L’oubli participe donc d’une logique générale de filtrage que le cerveau applique en permanence. En filtrant les informations internes et externes, il nous aide à focaliser notre attention à l’instant t et nous permet d’augmenter notre concentration. En ne gardant en mémoire consciente que les informations importantes et utiles, il ne surcharge pas notre conscience et ne gaspille pas de précieuses ressources.

On peut aussi voir le mécanisme d’oubli du cerveau comme l’autre facette de son extraordinaire neuroplasticité. Les réseaux utiles et sollicités sont constamment enrichis et renforcés. Ils s’ancrent de plus en plus profondément dans le cerveau. Certains deviennent même des automatismes. Les réseaux peu sollicités, eux, s’affaiblissent, passent en arrière plan, et laissent la place à d’autres réseaux.

En nous permettant d’oublier, notre cerveau nous permet donc aussi de nous reprogrammer. Il nous permet de ne pas rester enfermés dans des schémas figés et automatiques, et donc d’évoluer et de nous adapter, tout au long de notre vie. Je trouve ça extrêmement positif et libérateur. Bien sûr, la contrepartie de cette libération et cette liberté d’évolution, c’est l’oubli. 🙂

En terme de mémorisation des connaissances, vous entendrez souvent parler de la politique « Use it or loose it » du cerveau. En français, on dirait « utilise-le ou perd-le », mais je trouve ça beaucoup moins joli! Le cerveau ne conserve que les connaissances importantes et utiles pour vous, ce qui est crucial pour votre survie et ce que vous utilisez régulièrement. Tout le reste, il l’oublie!

La courbe de l'oubli : résultats de l'étude d'Herman Ebbinghaus
La courbe de l’oubli d’Herman Ebbinghaus

Quand on dit que le cerveau oublie, cela ne veut pas dire qu’il ne reste plus aucune trace dans votre cerveau de tous les apprentissages que vous avez pu réaliser. Comme le montre la courbe d’Ebbinghaus, il reste toujours une trace mnésique résiduelle de ce que vous avez pu apprendre, aussi infime soit-elle, et cette trace rend les nouveaux apprentissages d’une même information plus faciles. Néanmoins, cela signifie que cette trace s’est considérablement affaiblie dans votre cerveau car vous n’utilisez pas l’information que vous avez apprise. L’information est passée à l’arrière plan, à un niveau plus inconscient et elle n’est plus directement et consciemment mobilisable.

Il est donc indispensable de mettre en place des stratégies d’apprentissage appropriées pour signaler à votre cerveau que certaines informations sont importantes, qu’il ne doit pas les filtrer et qu’il a plutôt intérêt à les mémoriser! Il est notamment indispensable de répéter nos apprentissages afin de réactiver les réseaux de mémoire et de les renforcer. Et il est également indispensable de créer dès le départ des mémoires fortes, des réseaux forts, afin d’augmenter nos chances de retenir l’information dans la durée.

C’est ce que je vous propose de commencer à voir ensemble dans les deux prochains articles. A tout de suite! 🙂

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